La forêt comme actif
Monétisation de la renaturation : le marché de la biodiversité et du carbone en France

Une parcelle ne sait pas qu'elle porte un récit. Elle ne sait que faire la différence entre ce qu'elle a coûté et ce qu'elle a rapporté — à condition encore de savoir quand chaque euro est arrivé, et non pas seulement combien. Tant que ce calendrier reste théorique, le projet est une intention ; dès qu'il est posé noir sur blanc, avec ses écarts de trésorerie et ses scénarios de risque, il devient autre chose — viable, ou non. Ce chapitre pose ce calendrier.

Chapitre 9. L'économie d'une parcelle

Les deux chapitres précédents ont posé une architecture : comment plusieurs valeurs écologiques peuvent se superposer sur un même hectare, et quels types d'acteurs peuvent financer chacune d'elles. Il reste à faire ce que ni l'un ni l'autre n'a fait : construire, dans l'ordre où un porteur de projet les rencontre réellement, un calendrier de dépenses et de recettes qui ne se contente pas d'additionner des montants sur trente ans. Un euro dépensé la première année et un euro perçu la trentième n'ont pas la même valeur ; une projection sérieuse doit donc raisonner en calendrier de trésorerie, avec ses écarts, ses risques et son besoin de financement intermédiaire, plutôt qu'en simple somme algébrique. Ce chapitre distingue par ailleurs deux points de vue qu'il est facile de confondre : celui du propriétaire du terrain, qui touche un revenu foncier ou une part convenue du résultat, et celui de l'opérateur du projet, qui supporte les coûts de conception, de réalisation et de suivi et perçoit le produit de la vente des unités — une troisième perspective, celle d'un investisseur entrant au capital d'une structure dédiée, se construirait sur des bases encore différentes, que ce livre n'aborde pas ici.

Un exemple illustratif : ce que coûte une haie, en détail

Reprenons, à titre d'exemple pédagogique plutôt que de cas documenté, le linéaire déjà évoqué au chapitre 7 : une haie bocagère de l'ordre de huit cents mètres, plantée en essences locales. Il n'existe pas de tarif national unique pour ce type de plantation : le coût dépend du nombre de rangs, de la préparation du sol, de la densité, de la composition végétale, de la protection contre le gibier, de la clôture éventuelle, du paillage, de l'arrosage d'installation, de l'accessibilité du site pour les engins, du coût local de la main-d'œuvre et du taux de reprise attendu, qui conditionne le volume de remplacements à prévoir. Des programmes d'aide à la plantation existants font apparaître des montants très variables selon la composition exacte des prestations couvertes, ce qui interdit de retenir un chiffre unique et invite plutôt à raisonner en plusieurs scénarios de coût construits à partir d'un devis local réel.

À ce coût de plantation proprement dit s'ajoutent des postes souvent oubliés dans une première estimation : la conception du projet et le choix des essences, la préparation du sol, la clôture et la protection contre le gibier lorsqu'elles sont nécessaires, le paillage, l'arrosage d'installation, le remplacement des plants n'ayant pas repris, l'entretien de formation les premières années, puis un entretien de gestion à plus long terme, et l'accompagnement technique. Il faut également compter le coût d'opportunité du foncier ainsi mobilisé : l'emprise au sol de la haie elle-même, les bandes de manœuvre nécessaires aux engins agricoles en bordure, l'ombre portée sur la culture adjacente, le coût de la taille périodique, et l'effet possible sur certaines aides de la politique agricole commune liées à l'usage du sol — autant d'éléments qui doivent figurer, même de façon estimative, dans le calcul du coût réel supporté par l'exploitant.

Ce que ce linéaire peut rapporter — et à quelles conditions

Le revenu carbone d'un tel linéaire ne peut pas être avancé sous la forme d'un chiffre unique sans poser les hypothèses qui le sous-tendent : la version de méthode retenue, le scénario de référence, le volume de tonnes de CO2 équivalent effectivement reconnu après application des coefficients de risque prévus par la méthode, la durée du projet, le prix de financement négocié par tonne, et les coûts de montage du dossier et de vérification. Selon ces hypothèses, ce revenu peut se révéler insuffisant pour couvrir seul le coût de plantation, ou au contraire y contribuer significativement si le projet est mené à une échelle plus large et bénéficie d'un prix de financement favorable — ce n'est donc pas une règle générale, mais le résultat d'un scénario particulier qu'il convient de chiffrer projet par projet. Ce revenu n'est par ailleurs ni immédiat, ni garanti : il suppose la notification du projet, l'obtention du label, la réalisation des travaux, une vérification indépendante, puis la délivrance effective de crédits qui peuvent rester, avant cette vérification, au statut de crédits potentiels plutôt que de recettes assurées ; les risques de mortalité des plants, de sécheresse, de maladie, ou de révision de la méthode s'appliquent tout au long de cette période.

Le revenu en UCRR de ce même linéaire ne peut pas davantage être avancé comme une fourchette précise. Il n'existe, à ce jour, ni prix national de référence pour une UCRR, ni unité standardisée comparable d'un site à l'autre, ni statistique publique représentative des transactions réalisées ; le nombre d'unités qu'un linéaire donné pourrait produire dépend d'une méthode de calcul propre au projet, examinée dans le cadre de l'instruction de l'agrément, et non d'une conversion automatique de la longueur plantée. Tant qu'un projet d'agrément n'a pas été déposé et instruit, tout chiffrage de ce revenu reste un scénario hypothétique, à formuler comme tel plutôt qu'à présenter comme une donnée acquise. Même une fois les unités produites, leur usage pour compenser un dommage précis reste soumis à une vérification séparée, par l'autorité compétente, de leur pertinence et de leur suffisance au regard du dommage concerné — un porteur de projet peut donc produire des unités sans que celles-ci trouvent nécessairement, dans les délais souhaités, un acheteur autorisé à les utiliser à cette fin.

Le coût de l'accès au marché

Ce n'est pas seulement une question de prix qui serait élevé ; c'est une question de nature du coût. Un dossier de demande d'agrément Sites France Crédits Biodiversité suppose que le porteur de projet réunisse un état écologique initial du site, une trajectoire de gain attendu construite selon une méthode qu'il propose lui-même, et la démonstration de capacités financières et techniques suffisantes. Ce dossier fait ensuite l'objet, par l'administration et non par le porteur de projet, d'une consultation du conseil scientifique régional du patrimoine naturel, complétée par celle du conseil national de la protection de la nature lorsque le projet est susceptible de concerner une espèce relevant de la liste prévue à l'article R. 411-13-1 du code de l'environnement — non à chaque fois qu'une espèce protégée quelconque est simplement présente sur le site. Des garanties financières peuvent, le cas échéant, être prévues par l'agrément, sous une forme adaptée au projet — consignation, engagement bancaire, assurance ou société de caution — sans que leur constitution soit systématiquement exigée pour chaque dossier ; lorsqu'elles existent, leur objet premier est de garantir l'atteinte et le maintien du résultat écologique promis, non de constituer une simple assurance commerciale au bénéfice de l'acheteur — le maître d'ouvrage qui a acquis des UCRR conserve, quoi qu'il en soit, sa propre responsabilité réglementaire, comme le chapitre 8 l'a montré.

Une partie de ces coûts présente un caractère largement fixe, peu sensible à la surface concernée — l'instruction préfectorale, une partie de l'ingénierie du dossier, une partie du coût de la consultation scientifique — tandis que d'autres postes évoluent avec la taille, la complexité écologique, le nombre d'habitats et d'espèces concernés, la dispersion géographique ou le nombre de propriétaires impliqués. Il serait excessif d'affirmer qu'une étude portant sur un hectare coûterait systématiquement dix fois moins cher que celle portant sur dix hectares : un hectare particulièrement complexe sur le plan écologique peut exiger davantage d'investigations que dix hectares homogènes. Ce que l'on peut raisonnablement retenir est une économie d'échelle sur la part fixe du coût d'accès au marché, sans qu'elle obéisse à un ratio universel.

Existe-t-il une taille minimale ?

Le droit ne fixe aucune surface ni longueur minimale pour un agrément Sites France Crédits Biodiversité. Ce qu'il convient de retenir est plus modeste, mais tout aussi déterminant en pratique : un projet isolé de petite taille peut se révéler économiquement peu viable une fois rapportée à la part fixe du coût d'accès au marché, sans que cela relève d'une règle juridique — c'est une conclusion à vérifier par le calcul, projet par projet, non à énoncer comme un principe général. Il faut, par ailleurs, se garder de confondre deux questions distinctes : la pertinence écologique d'un terrain, et sa viabilité économique isolée. Un site peut présenter un excellent potentiel écologique tout en étant mal situé au regard de la demande de compensation locale, tout en n'offrant qu'un gain additionnel modeste, ou tout en restant, seul, insuffisant pour amortir les coûts fixes de l'agrément.

Le regroupement de plusieurs linéaires ou de plusieurs parcelles au sein d'un même site agréé est une option que le droit permet, sans en faire une solution automatique ni recommandée en toute circonstance : le code prévoit qu'un agrément peut porter sur un site unique ou sur une pluralité de sites, à condition que l'ensemble forme un projet écologiquement et administrativement cohérent. Réunir des parcelles disjointes suppose de démontrer leur connectivité territoriale, une stratégie écologique commune, une gouvernance gérable, la sécurisation des droits sur chacune d'entre elles, une méthode de calcul cohérente pour l'ensemble, et une adéquation avec le territoire d'utilisation admissible des futures unités. La question que doit se poser un porteur de projet n'est donc pas seulement « avec combien d'autres terrains ce terrain devient-il suffisant », mais plus largement : existe-t-il un projet écologiquement cohérent, juridiquement sécurisé et économiquement viable, capable de produire un résultat additionnel réellement demandé ?

Ce que montre, et ne montre pas, l'exemple de Cossure

Le site de Cossure, déjà cité au chapitre précédent, illustre ce que devient l'arithmétique une fois un certain seuil d'échelle franchi, sans pouvoir servir de preuve financière générale : trois cent cinquante-sept hectares, agréés du 8 septembre 2008 au 31 décembre 2038. Le tableau officiel de suivi du site fait apparaître trois cent cinquante-sept virgule zéro un UCRR au total, dont deux cent quatre-vingt-huit virgule vingt et un déjà vendues et soixante-huit virgule quatre-vingt réservées, soit un solde disponible nul — une correspondance proche d'une unité par hectare qui est propre à ce site et à sa méthode de calcul, et qui ne constitue en rien une règle nationale applicable à tout futur site France Crédits Biodiversité. Cossure demeure, par ailleurs, un projet historique et expérimental, engagé en 2008 sous un cadre antérieur au dispositif actuel puis intégré à celui-ci : sa dimension, sa méthode et sa structure d'unités ne se transposent pas mécaniquement à un projet plus récent, de taille plus modeste. Faute de données publiques sur les coûts réels d'installation, d'instruction et de gestion de Cossure, ni sur le prix effectivement obtenu pour ses unités, ce site ne peut pas non plus être mobilisé comme une démonstration chiffrée de rentabilité : il illustre un principe d'échelle, pas un compte d'exploitation vérifiable.

Le calendrier de trésorerie, pas seulement le montant

Le moment où l'argent arrive compte presque autant que son montant, mais il ne faut pas confondre la possibilité juridique de vendre et la disponibilité effective d'une trésorerie. Les UCRR peuvent, en droit, être commercialisées dès l'obtention de l'agrément et tout au long de sa durée — y compris avant la pleine réalisation du gain écologique promis, ce que le code peut cependant assortir, selon les cas, d'une exigence de réalisation préalable de certaines opérations avant que les unités ne puissent être utilisées à des fins de compensation. Ce droit de vendre tôt ne garantit ni la date, ni le volume, ni le paiement effectif d'une vente : encore faut-il un acheteur, un contrat, un prix, et la reconnaissance de la pertinence de l'unité pour le dommage concerné lorsque la vente sert une compensation réglementaire. Entre l'obtention de l'agrément et la première vente effective, un projet peut ainsi traverser une période prolongée sans recette, alors même que les dépenses d'installation, de gestion et de suivi continuent de courir. Une trésorerie négative maximale doit donc être estimée en amont, et un mécanisme de financement relais identifié pour la couvrir — apport en fonds propres, emprunt bancaire, entrée d'un investisseur, avance d'un acheteur, aide publique, ou réserve de liquidité constituée à cet effet — avant même le dépôt du dossier d'agrément.

Les limites du stacking, revues à l'échelle de la parcelle

Une fois le seuil d'accès franchi, les différentes sources de valeur décrites aux chapitres précédents ne se mettent pas nécessairement à fonctionner de façon simultanée et automatique sur chaque hectare : chaque mécanisme conserve ses propres conditions d'éligibilité, son propre périmètre, son propre scénario de référence, son propre calendrier et ses propres acheteurs, et leur articulation doit être conçue dès l'origine plutôt que présumée. Le revenu carbone reste soumis aux risques déjà décrits, non « quasi certain » ; le revenu en biodiversité reste soumis à l'existence d'un débouché réel, non automatiquement « substantiel et désormais accessible » du seul fait de l'agrément. La contribution à l'objectif de zéro artificialisation nette, en particulier, ne doit pas être comptée comme une recette : la plantation d'une haie sur une terre agricole déjà non artificialisée ne modifie pas, en tant que telle, le statut de ce terrain au regard de cet objectif, qui suppose la restauration d'un sol artificiellement modifié — un financement communal éventuellement lié au ZAN ne peut donc être intégré au modèle qu'en présence d'un programme, d'un contrat et d'une décision budgétaire précis, non comme une hypothèse générale. De même, les usages agricoles ou forestiers légers parfois évoqués — bois de chauffage, fourrage, miel — ne constituent des recettes réelles que s'ils font l'objet d'un calcul propre tenant compte du délai de mise en production, des investissements, du travail, du débouché commercial, et de leur compatibilité avec le plan de gestion du site agréé, qui peut restreindre certains usages.

Le stacking décrit au chapitre 7 n'est, pour cette raison, ni une addition automatique de revenus, ni la seule manière de rendre le coût fixe de l'accès au marché supportable : d'autres voies existent, comme l'augmentation d'échelle d'un seul mécanisme, la réduction du coût du foncier mobilisé, un cofinancement public, un contrat préalable avec un acheteur, un bail de long terme plutôt qu'un achat, l'agrégation de plusieurs projets, ou l'usage propre des unités par l'opérateur. Le stacking a par ailleurs un coût qui lui est propre : deux méthodes à respecter, deux procédures administratives, deux dossiers documentaires, des scénarios de référence à mettre en cohérence, un audit supplémentaire, une répartition contractuelle des attributs écologiques, un contrôle renforcé du risque de double comptage, et la conciliation de durées d'engagement différentes — des coûts qu'un modèle financier sérieux doit intégrer en face des revenus supplémentaires qu'il promet.

Les aides publiques : un levier qui n'est pas neutre

Les aides publiques peuvent réduire sensiblement le coût d'installation d'un projet, mais elles ne s'ajoutent pas nécessairement, telles quelles, aux deux flux de crédits décrits jusqu'ici : pour les UCRR, la part du gain écologique déjà obtenue grâce à une aide publique dédiée à la restauration ou au développement de la biodiversité doit être identifiée et exclue du calcul du gain commercialisable, pour éviter qu'elle n'y soit comptée une seconde fois. Pour le Label bas-carbone, la possibilité de cumuler certaines aides dépend des règles propres à chaque méthode, qui peuvent imposer un plafond ou un cofinancement propre du porteur de projet. Une subvention doit donc être analysée poste par poste — quelles dépenses couvre-t-elle, la méthode retenue l'admet-elle, exige-t-elle un cofinancement, affecte-t-elle l'additionnalité du projet, et crée-t-elle un risque de double financement — plutôt que traitée comme un revenu net venant simplement s'ajouter aux autres.

Ce qu'une véritable modélisation financière doit contenir

Ce chapitre ne remplace pas un modèle financier complet, propre à chaque projet, mais il peut en dresser l'architecture. Les dépenses initiales doivent couvrir, au minimum, la recherche et l'analyse du foncier, une éventuelle option ou promesse de vente, la vérification juridique des titres, les études écologiques de base, l'étude hydrologique et pédologique, la conception du projet de restauration, la préparation du dossier d'agrément, les contrats fonciers, les honoraires de conseil, la construction du modèle financier lui-même, et l'ensemble des frais engagés avant l'obtention de l'agrément, qui ne sont jamais garantis d'être récupérés. Les travaux d'installation doivent inclure, selon le projet, le débroussaillage ou la dépollution, les travaux de terrassement, la restauration hydrologique, les plants et leur mise en place, les clôtures et protections contre le gibier, la création de points d'eau, la restauration des sols, l'aménagement des accès, et la mobilisation d'engins.

Les charges d'exploitation annuelles doivent intégrer la gestion courante, l'entretien, le suivi écologique, la production des rapports exigés, le fonctionnement du comité local de suivi, les assurances, un éventuel loyer foncier, la fiscalité applicable, les travaux correctifs en cas de dérive par rapport à la trajectoire prévue, le remplacement des plants perdus, et la lutte contre les espèces envahissantes. Les charges commerciales et financières doivent couvrir la recherche d'acheteurs, d'éventuelles commissions d'intermédiation, la rédaction des contrats de vente, les coûts d'audit et de vérification, les frais bancaires, les intérêts d'emprunt, le coût des garanties financières lorsqu'elles existent, une réserve de liquidité, la TVA non récupérable le cas échéant, et l'imposition du résultat. Le coût du contrôle foncier mérite un traitement séparé selon qu'il s'agit d'un achat, d'un bail de long terme, d'une Obligation Réelle Environnementale ou d'un contrat avec le propriétaire, chaque option ayant un coût et des contraintes d'usage différents pour la suite du projet.

Le modèle doit enfin anticiper la période qui suit la fin formelle de l'agrément : le titulaire doit, dans les années précédant son terme, proposer des solutions actualisées pour maintenir le bon état écologique du site au-delà de cette échéance, ce qui suppose de provisionner des charges de gestion résiduelles plutôt que de considérer l'année trente comme un horizon de sortie propre. Des scénarios de risque naturel — sécheresse, incendie, inondation, maladie, espèce envahissante, échec de plantation, dérive climatique par rapport au scénario retenu — et des scénarios de risque réglementaire — évolution de méthode, exigences complémentaires du préfet, mesures correctives imposées, modification ou retrait de l'agrément, évolution des conditions de vente, retard dans la reconnaissance administrative des unités — doivent compléter le modèle central. Sur le plan commercial, au moins trois scénarios devraient être construits — optimiste, central et dégradé —, chacun précisant le prix retenu, le volume vendu, l'année de chaque vente, la part d'unités invendues, le niveau d'acompte obtenu, et le coût d'acquisition de chaque acheteur. C'est la confrontation de ces scénarios avec les coûts fixes et variables déjà décrits qui permet de déterminer un véritable seuil de rentabilité — non pas seulement combien d'hectares sont nécessaires, mais combien d'unités doivent être vendues, à quel prix minimal, dans quel délai, pour quel coût du foncier et quel niveau de subvention, et avec quel apport en fonds propres.

Ce que ce chapitre établit pour la suite

Ce chapitre n'a pas construit de calcul chiffré définitif — aucune donnée publique suffisamment fiable ne le permettrait, à ce stade, pour un projet de la taille prise en exemple — mais il en a posé l'architecture complète : un calendrier de dépenses et de recettes plutôt qu'une somme, une distinction entre le point de vue du propriétaire et celui de l'opérateur, une séparation stricte entre chiffre d'affaires et résultat net, une attention portée au risque de rupture de trésorerie entre l'agrément et la première vente effective, et des scénarios plutôt qu'une hypothèse unique. Un projet isolé de petite taille peut se heurter à la part fixe du coût d'accès au marché, ce qui invite souvent, mais non systématiquement, à raisonner à une échelle plus large ou à combiner plusieurs sources de financement ; ce sont des hypothèses de travail à vérifier projet par projet, non des conclusions générales. C'est ce calendrier de trésorerie, complété par un levier que presque aucun porteur de projet ne peut se permettre d'ignorer en pratique — les aides publiques, avec leurs propres conditions et leurs propres limites —, que le chapitre suivant examine.

Termes et références juridiques de cette page

Les notices ci-dessous reprennent les définitions du glossaire et les fiches du répertoire légal.

Glossaire

Renaturation

La renaturation désigne l'ensemble des actions destinées à rétablir le fonctionnement naturel d'un milieu ayant été artificialisé, dégradé ou profondément modifié par les activités humaines, en restaurant les processus écologiques profonds (cycles biogéochimiques, sols vivants, hydrologie).

Dans l'économie biocarbonique, c'est le levier central de création de valeur qui transforme une friche ou un sol minéralisé en actif productif.

Voir aussi : Écologie de la restauration · Actif écologique · Capital naturel · UCRR · ORE.


Glossaire

Biodiversité

La biodiversité désigne la diversité du vivant à tous les niveaux de son organisation : diversité génétique au sein des espèces, diversité des espèces elles-mêmes et diversité des écosystèmes qu'elles composent. Elle ne se résume donc pas au nombre d'espèces présentes sur un territoire ; elle décrit également les relations fonctionnelles qui permettent à un milieu naturel de se maintenir, de s'adapter et d'évoluer dans le temps.

Pendant longtemps, la biodiversité a principalement été considérée comme un patrimoine naturel devant être protégé. Aujourd'hui, elle est également reconnue comme un capital indispensable au fonctionnement des sociétés humaines. Production alimentaire, qualité de l'eau, fertilité des sols, pollinisation, régulation du climat, limitation des risques naturels ou encore santé publique dépendent directement du bon fonctionnement des écosystèmes.

Dans le modèle français présenté dans cet ouvrage, la biodiversité devient également un objet de mesure, de restauration et de valorisation. Les gains écologiques produits par certains projets peuvent être évalués selon des méthodologies scientifiques reconnues et, dans des conditions précises, donner lieu à la production d'unités écologiques destinées à répondre aux obligations réglementaires ou aux engagements volontaires des acteurs économiques.

Ainsi, la biodiversité ne constitue plus seulement un objectif de protection ; elle devient progressivement un élément structurant de la nouvelle économie du foncier.

Voir aussi : Capital naturel · Services écosystémiques · UCRR · Renaturation · Compensation écologique.


Glossaire

UCRR (Unité de Compensation, de Restauration et de Renaturation)

L'Unité de Compensation, de Restauration et de Renaturation (UCRR) constitue l'unité écologique immatérielle produite par un SNCRR agréé. Elle représente la reconnaissance officielle par l'État d'un gain écologique fonctionnel mesurable, transférable aux maîtres d'ouvrage pour solder leurs dettes de compensation (séquence ERC).

Voir aussi : SNCRR · Agrément · ORE · Compensation écologique · Stacking.


Glossaire

Agrément

L'agrément est l'autorisation administrative permettant à un projet de restauration écologique d'être officiellement reconnu dans le cadre du dispositif français des Sites Naturels de Compensation, de Restauration et de Renaturation. Il ne s'agit pas d'une simple validation technique mais d'une décision engageant durablement la responsabilité de l'opérateur et la reconnaissance publique de la qualité écologique du projet.

L'instruction d'un dossier d'agrément porte notamment sur la cohérence scientifique du projet, la qualité de l'état initial, la pertinence des objectifs de restauration, les garanties de gestion à long terme, la solidité financière de l'opérateur ainsi que les mécanismes juridiques assurant la pérennité des engagements pris sur le foncier.

Dans le modèle français actuel, l'agrément constitue l'un des principaux seuils d'entrée sur le marché des actifs écologiques. Il distingue un projet privé de restauration de la nature d'un site susceptible de produire des unités officiellement reconnues dans le cadre de la compensation écologique.

L'agrément représente ainsi bien davantage qu'une autorisation administrative : il constitue le point de rencontre entre la science écologique, le droit, la gestion foncière et l'économie environnementale.

Voir aussi : ORE · SNCRR · UCRR · DREAL · CSRPN · Compensation écologique.


Glossaire

Gain écologique

Différentiel positif mesurable, validé par rapport à une ligne de référence initiale ("baseline"), généré par l'application d'un programme de restauration.


Glossaire

Artificialisation nette

L'artificialisation nette désigne le solde entre les nouvelles surfaces artificialisées et les surfaces renaturées ou restaurées au cours d'une période donnée. Cette notion constitue le fondement opérationnel de l'objectif français de Zéro Artificialisation Nette (ZAN).

Contrairement à l'artificialisation brute, qui mesure uniquement les nouvelles consommations d'espaces naturels, l'artificialisation nette prend également en compte les opérations permettant de restituer à certains terrains leurs fonctionnalités écologiques.

Cette approche modifie profondément les stratégies d'aménagement du territoire. Désormais, la création de nouveaux espaces urbanisés doit progressivement être compensée par des opérations de renaturation, de désartificialisation ou de restauration écologique.

L'artificialisation nette constitue ainsi l'un des principaux moteurs du développement des futurs actifs écologiques.

Voir aussi : ZAN · Renaturation · Artificialisation des sols.


Glossaire

ZAN (Zéro Artificialisation Nette)

Le principe de Zéro Artificialisation Nette (ZAN) constitue l'objectif législatif majeur (Loi Climat & Résilience) de la planification territoriale française : réduire de 50 % la consommation d'espaces naturels d'ici 2030, et atteindre un solde net d'artificialisation de zéro d'ici 2050, surélevant mécaniquement la valeur financière des actifs de renaturation.

Voir aussi : Artificialisation des sols · Renaturation · Actif écologique.


Glossaire

Stacking

Le stacking désigne la possibilité de segmenter, mesurer et valoriser séparément différentes strates indépendantes de services environnementaux (ex: biodiversité UCRR + biocarbone LBC) sur une même parcelle, sous réserve du respect strict du principe d'additionalité et de l'absence de double comptage.

C'est la clé de voûte de la rentabilité pluridisciplinaire de l'économie biocarbonique.

Voir aussi : Additionalité · UCRR · Label Bas-Carbone · Nature Credits · Services écosystémiques.


Glossaire

Label Bas-Carbone (LBC)

Le Label Bas-Carbone (LBC) est le dispositif national français officiel de certification des projets volontaires de réduction des émissions de gaz à effet de serre ou de séquestration du carbone dans les sols et les écosystèmes (forêts, haies, pratiques agricoles), géré par le Ministère de la Transition écologique.

Voir aussi : Crédit carbone · CRCF · Additionalité · Stacking · Actif écologique.