Monétisation de la renaturation : le marché de la biodiversité et du carbone en France
La question posée par ce chapitre n'est pas rhétorique. Elle a une réponse — ou plutôt plusieurs réponses partielles dont aucune ne suffit seule, mais qui fonctionnent en combinaison. Ce qui suit n'est pas un programme exhaustif ; il identifie les leviers réels qui existent aujourd'hui, les conditions dans lesquelles ils pourraient s'activer, et les obstacles qui persistent indépendamment de la bonne volonté des acteurs. Aucun de ces leviers ne consiste à abaisser les exigences écologiques : ce serait remettre en cause la seule chose qui donne de la valeur à ce marché. Il s'agit plutôt de redistribuer plus équitablement les coûts d'accès pour des acteurs qui disposent de terrain, d'une connaissance du territoire et d'une légitimité locale, mais pas encore du bilan d'un établissement public ou d'une grande entreprise d'ingénierie environnementale.
Chapitre 26. Les conditions du changement d'échelle
La mutualisation par des structures intermédiaires
Le premier levier est la mutualisation du coût d'accès à travers des structures intermédiaires. La Banque des Territoires soutient déjà des coopératives carbone territoriales, sous forme de SCIC ou de SAS, en y prenant des participations minoritaires — une politique de financement des projets carbone et territoriaux existante, qu'il ne faut cependant pas confondre avec un programme déjà opérationnel de capitalisation de sites France Crédits Biodiversité coopératifs : ce modèle fournit une référence organisationnelle qui pourrait être adaptée à ce nouveau contexte, non un dispositif déjà transposé. Le projet Carbocage 2024, qui réunit quatorze exploitations pour cent soixante-quatorze virgule six kilomètres de haies existantes et cinq virgule sept kilomètres de plantations nouvelles, illustre bien l'intérêt de mutualiser les coûts fixes et l'accompagnement d'un projet Label bas-carbone collectif — sa fiche officielle ne confirme cependant pas qu'il soit organisé sous forme de SCIC : elle démontre la valeur de la mutualisation, non la supériorité d'une forme juridique particulière.
Il faut, par ailleurs, se garder de présenter les apports de chaque membre d'une telle structure comme interchangeables : le foncier, le travail technique, le capital et un engagement d'achat futur d'UCRR ne relèvent pas de la même nature juridique, et doivent être distingués — apport en capital de la SCIC, mise à disposition du terrain par bail, ORE ou tout autre contrat, prestation technique rémunérée, engagement préalable d'achat, ou subvention et financement remboursable. Une SCIC ne devient pas, non plus, automatiquement titulaire de l'agrément du seul fait de sa forme coopérative : elle doit démontrer, comme tout autre candidat, ses capacités techniques et financières, une maîtrise foncière durable, une gouvernance unifiée, et sa capacité à répondre du projet indépendamment de l'évolution de la composition de ses membres — la forme coopérative facilite le rassemblement des parties, elle n'abaisse pas les critères de l'agrément.
Il faut, enfin, corriger la présentation du rôle de la foncière de biodiversité créée par CDC Biodiversité et la Banque des Territoires : dotée d'une capacité d'investissement cible de dix millions d'euros, sa mission est d'acquérir et de sécuriser du foncier, puis de le mettre à disposition d'entreprises et de collectivités pour des projets de compensation, de restauration et de renaturation, CDC Biodiversité assurant ensuite les travaux écologiques et la gestion ultérieure. C'est un instrument de sécurisation foncière, non un fonds destiné à recapitaliser des SCIC locales pour rendre leur dossier plus crédible devant un préfet de région.
Sécuriser la phase amont plutôt que simplifier la procédure
Le deuxième levier ne consiste pas en une simplification des procédures d'instruction pour les projets de taille modeste : le droit en vigueur ne prévoit aucun régime allégé fondé sur la surface ou la taille de l'opérateur. Ce que les groupes de travail du CGDD ont documenté relève davantage d'une prévisibilité accrue que d'un assouplissement : clarifier les critères de solidité technique et financière, rendre plus lisibles les attentes méthodologiques, développer la coordination territoriale, et améliorer l'accès aux outils fonciers. L'objectif n'est pas de réduire l'analyse écologique exigée, mais de permettre à un candidat de comprendre plus tôt si le territoire est adapté, quelles composantes de biodiversité sont réalistes, quelles études seront nécessaires, quelle construction foncière sera acceptable, et comment sa solidité financière sera appréciée.
Il serait imprudent d'avancer un ordre de grandeur unique pour le coût d'un état initial et d'un plan de gestion sans disposer d'un échantillon de devis représentatif : ce coût dépend de la surface, du type de milieu, du nombre de groupes taxinomiques à étudier, de la durée des inventaires, de la complexité hydrologique, et du nombre de propriétaires concernés. Un dialogue préalable avec la DREAL, s'il peut permettre de repérer une erreur méthodologique manifeste avant qu'elle ne coûte cher, ne garantit ni un avis favorable du CSRPN ou du CNPN, ni la délivrance de l'agrément, ni la validation d'un nombre d'UCRR, ni la reconnaissance future des unités pour une compensation donnée : c'est un outil de réduction du risque informationnel, non un transfert anticipé de la décision administrative. Faute de source officielle confirmant précisément un programme de réunions publiques d'information organisé en 2025 par la DREAL Grand Est à destination des porteurs de projets potentiels, cette référence doit être maniée avec prudence ; la page officielle de cette DREAL contient, en revanche, des informations réglementaires, des liens vers Pogéis, et l'enregistrement d'un webinaire de démonstration.
Rapprocher compensation à la demande et compensation par l'offre
Le troisième levier touche au côté de la demande. Le groupe de travail du CGDD a effectivement relevé une rigueur pratique inégale entre la compensation organisée directement par le maître d'ouvrage et celle réalisée via un site agréé, et a évoqué, comme piste de travail, un rehaussement des exigences de la première pour se rapprocher de la seconde — il s'agit d'une piste identifiée, non d'une réforme déjà rédigée ni d'un calendrier d'adoption arrêté à ce jour. Le problème ne tient d'ailleurs pas nécessairement à la procédure administrative elle-même, mais à l'inégale exhaustivité des études initiales, des garanties foncières, du suivi, de la gestion de long terme et du contrôle du résultat obtenu selon la voie choisie : l'objectif poursuivi devrait être un niveau équivalent de fiabilité écologique, non la création d'un privilège administratif artificiel en faveur des UCRR.
Il serait, par ailleurs, inexact de présenter le maître d'ouvrage comme dépourvu de toute incitation à acheter des UCRR en l'état actuel du droit : une construction foncière déjà en place, une gestion déjà organisée, l'absence de recherche de terrain à conduire lui-même, un contrôle étatique de la trajectoire, et une compensation potentiellement plus rapide constituent déjà des motifs réels de préférer l'offre agréée — sans que cela dispense le maître d'ouvrage de sa propre responsabilité devant l'administration, ni ne l'autorise à choisir des UCRR sans vérifier leur pertinence écologique pour son propre dommage.
La planification territoriale
Le quatrième levier est territorial. Le SCoT peut définir des zones préférentielles de renaturation et des territoires adaptés à l'implantation de sites France Crédits Biodiversité, ces orientations pouvant ensuite se décliner dans les PLU ou PLUi ; la compétence en la matière revient le plus souvent au SCoT, à l'EPCI ou à la commune, non à la région en tant que telle. Faute de liste précise de documents et de territoires concernés, il serait prématuré d'affirmer que plusieurs régions intègrent déjà systématiquement ce type de zonage : ce que l'on peut plus raisonnablement affirmer est que le droit permet déjà cette planification, mais que son usage reste encore limité et inégal selon les territoires — c'est d'ailleurs cette sous-utilisation des outils existants que relève le groupe de travail du CGDD.
Il ne faut pas surestimer l'effet d'un tel zonage sur le coût d'un projet : il ne remplace ni l'état écologique initial, ni la démonstration de l'additionnalité, ni l'accord des propriétaires concernés, ni la demande effective, ni la décision d'agrément elle-même — il réduit le périmètre de recherche et facilite la coordination, sans transformer un terrain potentiel en site prêt à l'emploi. La mobilisation des Safer, des établissements publics fonciers et des conservatoires d'espaces naturels pour la prospection foncière, recommandée par le CGDD, suppose de même un mandat ou un contrat propre : leurs données, leurs services et leurs droits d'intervention ne sont pas automatiquement mis à la disposition de tout opérateur privé qui le souhaiterait.
Le levier territorial le plus concret proposé par le groupe de travail n'est d'ailleurs pas la seule inscription d'une zone dans un document de planification, mais la constitution de communautés de travail dédiées à la séquence éviter-réduire-compenser, réunissant l'État, les collectivités, les aménageurs, les propriétaires fonciers, les chambres d'agriculture et les organisations de protection de la nature — des instances qui pourraient étudier conjointement la demande de compensation prévisible, la demande volontaire, les ressources foncières disponibles, et la possibilité de regrouper plusieurs projets.
Ce que montre, et ne montre pas encore, l'exemple anglais
Il est utile de regarder les marchés qui ont réussi une transition comparable, en gardant leurs limites à l'esprit. En Angleterre — non dans l'ensemble du Royaume-Uni —, l'obligation de gain net de biodiversité d'au moins dix pour cent, entrée en vigueur pour la plupart des grands projets le 12 février 2024, organise une hiérarchie : le résultat est d'abord recherché sur site, puis via des unités hors site enregistrées, et seulement en dernier recours via des crédits statutaires de l'État — un régime assorti d'exceptions légales, et non applicable à toute autorisation d'urbanisme ni à tout type d'infrastructure, les projets d'importance nationale ayant suivi un calendrier propre. Il serait, de même, excessif de résumer la trajectoire française comme celle d'un pays qui « construit l'offre en espérant que la demande suivra » : la demande réglementaire de compensation existait, en France, bien avant la création des SNCRR ; le nouveau régime propose une voie supplémentaire, préorganisée, pour y répondre, aux côtés de la compensation autogérée par le maître d'ouvrage et du contrat avec un opérateur de compensation.
L'exemple anglais montre bien qu'une demande juridiquement bien définie peut stimuler la constitution d'une offre extérieure — c'est un enseignement réel sur le séquençage. Il reste cependant trop récent pour permettre de conclure à la viabilité économique durable de ce marché, à la suffisance de l'offre dans toutes les régions, à l'atteinte effective d'un résultat de biodiversité sur trente ans, ou à l'absence de déséquilibres de prix ou de pression foncière.
Les compétences et la formation
Un cinquième levier, souvent absent des discussions techniques, est la formation. Il serait inexact d'affirmer que les praticiens français se seraient formés uniquement sur les deux ou trois dossiers agréés à ce jour : la France dispose, depuis des décennies, d'une expertise en compensation écologique, en restauration de milieux, en plans de gestion, en suivi et en génie écologique. Ce qui reste étroit est spécifiquement l'expérience pratique de préparation d'un agrément France Crédits Biodiversité dans son cadre actuel, non l'ensemble des compétences des bureaux d'études écologiques. La formation à la grille GEPE, de même, n'est pas à créer : elle est déjà proposée aux services de l'État, aux candidats potentiels, aux bureaux d'études et aux acteurs publics — l'enjeu est de l'élargir, de la standardiser, et de la compléter par l'analyse de dossiers réels.
Cet effort de formation s'inscrit d'ailleurs dans une politique sectorielle déjà adoptée : la feuille de route nationale ingénierie et génie écologiques à horizon 2030 prévoit déjà une amélioration de la qualité de l'accompagnement et un développement des compétences, l'État estimant le besoin de la filière à environ sept mille deux cents nouveaux emplois par an d'ici 2030 — un enjeu bien plus large que la seule préparation de trente dossiers d'UCRR. Il n'existe, enfin, aucune méthode unique de dimensionnement de la compensation applicable à tous les écosystèmes et à tous les sites : la formation devrait plutôt porter sur la construction d'une situation de référence, la définition d'une trajectoire écologique, la grille GEPE, le choix des indicateurs, l'élaboration d'une méthode de calcul des UCRR propre à chaque site, l'analyse territoriale de la demande, et la budgétisation de long terme.
Les assureurs, une catégorie d'acheteurs à tester
Un sixième levier, potentiellement significatif, concerne les assureurs. Ce n'est pas le code de l'environnement qui les distingue comme catégorie spéciale d'acheteurs d'UCRR, mais la documentation ministérielle, qui les cite à titre d'exemple d'acheteurs volontaires susceptibles de s'intéresser à la réduction des risques naturels. Un tel effet ne peut cependant être présumé automatiquement : il suppose un lien démontré entre le site restauré, le bassin hydrologique concerné, le type d'aléa, les biens assurés, et l'ampleur de l'opération de restauration — un petit site peut produire un gain écologique important sans effet mesurable sur les sinistres indemnisés. Il faut, par ailleurs, distinguer l'achat d'UCRR d'autres formes de financement de la prévention : un assureur peut acquérir des UCRR comme contribution volontaire à la restauration, cofinancer une solution fondée sur la nature pour réduire un risque, investir dans l'opérateur, ou soutenir un programme territorial d'adaptation — des montages différents, l'achat d'UCRR ne conférant pas, à lui seul, un droit exclusif sur la réduction de risque produite.
Une zone humide restaurée peut d'ailleurs réduire le risque pour plusieurs assureurs à la fois, pour des propriétaires non assurés, pour des infrastructures municipales, ou pour l'État lui-même : un assureur isolé peut légitimement hésiter à financer seul un résultat dont bénéficient aussi ses concurrents, ce qui rend plus probable l'émergence de fonds territoriaux collectifs que de simples achats individuels d'UCRR. Il faut, enfin, actualiser l'état de la plateforme nationale : en 2026, la page officielle publie déjà une cartographie des sites, les types d'unités, les quantités disponibles et les coordonnées des opérateurs — ce qui manque n'est donc plus la plateforme de base, mais un historique des prix, des conditions de transaction, et des résultats effectivement obtenus. Il serait, dans ces conditions, prématuré d'annoncer que les assureurs deviendront l'une des plus grandes sources de demande du marché : il s'agit plutôt d'une catégorie d'acheteurs potentiels à tester, notamment dans des montages territoriaux associant restauration écologique et prévention des risques.
Ce que ce chapitre établit pour la suite
Ces leviers ne se situent pas tous au même stade de maturité. Sont déjà mobilisables aujourd'hui : les projets collectifs et les structures intermédiaires de type SCIC ou SAS, la planification territoriale existante, l'outil Pogéis, la formation à la grille GEPE, et l'implication des Safer, des établissements publics fonciers et des conservatoires d'espaces naturels. Sont recommandés mais pas encore pleinement mis en œuvre : les communautés de travail territoriales dédiées à la séquence éviter-réduire-compenser, l'harmonisation des attentes entre DREAL, la clarification des critères financiers, et le rapprochement des exigences entre compensation à la demande et compensation par l'offre. Restent, enfin, largement hypothétiques : une SCIC devenant un mode courant de portage d'agrément, un financement systématique par les assureurs, ou un réseau structuré de coopératives régionales d'UCRR.
Le changement d'échelle ne viendra donc pas d'un abaissement des exigences, mais de la réduction des coûts fixes par la mutualisation, de l'identification territoriale simultanée du foncier et de la demande, d'un dialogue méthodologique plus précoce avec l'administration, et de la constitution d'un réseau plus large d'opérateurs capables de porter ces engagements dans la durée. C'est l'ultime étape de cette transformation, celle qui fait passer la nature du statut de simple actif opérationnel à celui de composante durable du patrimoine foncier et financier, que le chapitre suivant aborde.
Termes et références juridiques de cette page
Les notices ci-dessous reprennent les définitions du glossaire et les fiches du répertoire légal.
Glossaire
Renaturation
La renaturation désigne l'ensemble des actions destinées à rétablir le fonctionnement naturel d'un milieu ayant été artificialisé, dégradé ou profondément modifié par les activités humaines, en restaurant les processus écologiques profonds (cycles biogéochimiques, sols vivants, hydrologie).
Dans l'économie biocarbonique, c'est le levier central de création de valeur qui transforme une friche ou un sol minéralisé en actif productif.
Partenaire institutionnel public rattaché à la Caisse des Dépôts, finançant l'ingénierie et le portage foncier des chantiers de renaturation des collectivités territoriales françaises.
Glossaire
Haie
Alignement végétal arboré ou arbustif structurant le paysage, agissant comme brise-vent, filtre hydraulique, puits de carbone et corridor biologique.
Le Label Bas-Carbone (LBC) est le dispositif national français officiel de certification des projets volontaires de réduction des émissions de gaz à effet de serre ou de séquestration du carbone dans les sols et les écosystèmes (forêts, haies, pratiques agricoles), géré par le Ministère de la Transition écologique.
Le foncier désigne l'ensemble des terrains et des droits qui leur sont attachés. Dans l'économie biocarbonique, sa valeur intègre sa capacité biophysique intrinsèque à produire des actifs écologiques.
UCRR (Unité de Compensation, de Restauration et de Renaturation)
L'Unité de Compensation, de Restauration et de Renaturation (UCRR) constitue l'unité écologique immatérielle produite par un SNCRR agréé. Elle représente la reconnaissance officielle par l'État d'un gain écologique fonctionnel mesurable, transférable aux maîtres d'ouvrage pour solder leurs dettes de compensation (séquence ERC).
L'Obligation Réelle Environnementale (ORE) est un mécanisme juridique d'ordre public permettant d'attacher des engagements environnementaux directement à une parcelle de terrain. Inscrite au fichier immobilier, l'ORE suit le bien : lors d'une vente ou d'une succession, les obligations sont automatiquement transmises au nouveau propriétaire (durée contractuelle jusqu'à 99 ans).
C'est l'outil central assurant la permanence juridique de l'actif écologique français.
L'agrément est l'autorisation administrative permettant à un projet de restauration écologique d'être officiellement reconnu dans le cadre du dispositif français des Sites Naturels de Compensation, de Restauration et de Renaturation. Il ne s'agit pas d'une simple validation technique mais d'une décision engageant durablement la responsabilité de l'opérateur et la reconnaissance publique de la qualité écologique du projet.
L'instruction d'un dossier d'agrément porte notamment sur la cohérence scientifique du projet, la qualité de l'état initial, la pertinence des objectifs de restauration, les garanties de gestion à long terme, la solidité financière de l'opérateur ainsi que les mécanismes juridiques assurant la pérennité des engagements pris sur le foncier.
Dans le modèle français actuel, l'agrément constitue l'un des principaux seuils d'entrée sur le marché des actifs écologiques. Il distingue un projet privé de restauration de la nature d'un site susceptible de produire des unités officiellement reconnues dans le cadre de la compensation écologique.
L'agrément représente ainsi bien davantage qu'une autorisation administrative : il constitue le point de rencontre entre la science écologique, le droit, la gestion foncière et l'économie environnementale.
CDC Biodiversité est une filiale de la Caisse des Dépôts spécialisée dans le développement de solutions économiques en faveur de la biodiversité. Elle a joué un rôle pionnier dans la création des premiers sites français de compensation écologique et demeure aujourd'hui l'un des principaux acteurs du marché national.
La biodiversité désigne la diversité du vivant à tous les niveaux de son organisation : diversité génétique au sein des espèces, diversité des espèces elles-mêmes et diversité des écosystèmes qu'elles composent. Elle ne se résume donc pas au nombre d'espèces présentes sur un territoire ; elle décrit également les relations fonctionnelles qui permettent à un milieu naturel de se maintenir, de s'adapter et d'évoluer dans le temps.
Pendant longtemps, la biodiversité a principalement été considérée comme un patrimoine naturel devant être protégé. Aujourd'hui, elle est également reconnue comme un capital indispensable au fonctionnement des sociétés humaines. Production alimentaire, qualité de l'eau, fertilité des sols, pollinisation, régulation du climat, limitation des risques naturels ou encore santé publique dépendent directement du bon fonctionnement des écosystèmes.
Dans le modèle français présenté dans cet ouvrage, la biodiversité devient également un objet de mesure, de restauration et de valorisation. Les gains écologiques produits par certains projets peuvent être évalués selon des méthodologies scientifiques reconnues et, dans des conditions précises, donner lieu à la production d'unités écologiques destinées à répondre aux obligations réglementaires ou aux engagements volontaires des acteurs économiques.
Ainsi, la biodiversité ne constitue plus seulement un objectif de protection ; elle devient progressivement un élément structurant de la nouvelle économie du foncier.
DREAL (Direction Régionale de l'Environnement, de l'Aménagement et du Logement)
La Direction Régionale de l'Environnement, de l'Aménagement et du Logement est le service déconcentré de l'État chargé d'instruire les dossiers de demandes d'agrément des projets d'actifs écologiques (SNCRR) et de veiller au respect de la réglementation.
CSRPN (Conseil Scientifique Régional du Patrimoine Naturel)
Le Conseil Scientifique Régional du Patrimoine Naturel est une instance scientifique régionale indépendante placée auprès du préfet de région. Dans le cadre des SNCRR, son expertise collégiale et son avis technique sur le dossier conditionnent fortement l'instruction.
CNPN (Conseil National de la Protection de la Nature)
Le Conseil National de la Protection de la Nature est une instance scientifique nationale chargée d'émettre des avis sur les projets présentant les enjeux environnementaux les plus importants. Il intervient principalement lorsque les projets concernent des espèces protégées, des habitats remarquables ou des opérations de grande ampleur dépassant le cadre régional.
Entité morale (publique ou privée) commanditaire d'un aménagement, juridiquement débitrice de l'obligation de réparer le préjudice écologique de son chantier.
L'additionalité is le principe selon lequel un bénéfice écologique ou climatique ne peut être reconnu que s'il résulte directement du projet entrepris et qu'il n'aurait pas été obtenu en l'absence de celui-ci. Ce principe constitue l'un des fondements scientifiques, économiques et réglementaires de l'ensemble des marchés environnementaux.
En pratique, l'additionalité interdit de rémunérer une évolution naturelle déjà attendue, une obligation légale préexistante ou une action qui aurait été réalisée indépendamment du projet. Le porteur de projet doit démontrer que les gains écologiques observés découlent effectivement des mesures mises en œuvre et qu'ils ne correspondent pas simplement au maintien d'une situation existante.
Cette exigence joue également un rôle central dans les projets combinant plusieurs mécanismes de valorisation environnementale. Lorsqu'une même parcelle produit simultanément différents actifs écologiques, chacun d'eux doit reposer sur un bénéfice spécifique et démontrer qu'il ne rémunère pas deux fois le même résultat. L'additionalité constitue ainsi l'un des principes indispensables au développement du stacking.
Au-delà de son aspect réglementaire, l'additionalité est également un facteur de crédibilité scientifique. Sans elle, il devient impossible de distinguer une véritable restauration écologique d'une simple requalification administrative d'un espace naturel existant.
SAFER (Société d'Aménagement Foncier et d'Établissement Rural)
Sociétés d'aménagement foncier dotées de prérogatives de puissance publique (droit de préemption), partenaires clés pour flécher les parcelles agricoles ou naturelles vers des projets de renaturation.
SNCRR (Site Naturel de Compensation, de Restauration et de Renaturation)
Le Site Naturel de Compensation, de Restauration et de Renaturation (SNCRR) est l'infrastructure d'actif écologique réglementaire créée par la Loi Industrie Verte (2023). C'est un site agréé par l'État pour générer par anticipation des gains écologiques réels, durables et vérifiables, matérialisés sous forme d'unités (UCRR) vendues aux aménageurs.
Structure spécialisée orchestrant l'ingénierie globale d'un projet écologique : maîtrise foncière, instruction administrative, chantiers, commercialisation et suivi scientifique à long terme.
La compensation écologique consiste à réparer les atteintes résiduelles portées à la biodiversité lorsqu'un projet d'aménagement ne peut ni les éviter ni les réduire suffisamment. Elle intervient exclusivement en dernier recours, conformément à la séquence ERC.
Son objectif n'est pas de remplacer un milieu détruit par un autre, mais de rétablir, dans la durée, un niveau de fonctionnalités écologiques équivalent ou supérieur. Cette compensation peut prendre la forme d'actions réalisées directement par le maître d'ouvrage ou par l'acquisition d'unités écologiques produites sur des sites agréés.
La compensation écologique constitue aujourd'hui le principal moteur réglementaire du marché français des actifs écologiques. Elle crée une demande obligatoire indépendante des fluctuations du marché volontaire et explique la nécessité de disposer de sites capables de produire des unités écologiques reconnues par l'État.
Le génie écologique regroupe l'ensemble des techniques utilisant les processus naturels pour restaurer, gérer ou améliorer les écosystèmes, privilégiant les solutions fondées sur la nature.
GEPE (Grille d'Évaluation de la Pertinence Écologique)
La Grille d'Évaluation de la Pertinence Écologique (GEPE) est un outil matriciel multicritère standardisé permettant d'évaluer l'état initial, la qualité fonctionnelle et l'équivalence des gains obtenus.
Différentiel positif mesurable, validé par rapport à une ligne de référence initiale ("baseline"), généré par l'application d'un programme de restauration.
Glossaire
Zone humide
Une zone humide est un espace (marais, tourbière, ripisylve) où l'eau est présente de manière permanente ou temporaire et détermine les caractéristiques des sols et de la végétation. Écosystèmes ultra-précieux, protégés par des polices de l'eau strictes, ils illustrent parfaitement la production multi-valeurs (filtration, tamponnage des crues, carbone).